Cododo : un débat plein de certitudes… et beaucoup moins de preuves. On rétablit un peu les scores ?

Cododo : un débat plein de certitudes… et beaucoup moins de preuves. On rétablit un peu les scores ?

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Alice

Spécialiste de la physiologie du sommeil des bébés

Sommeil partagé

Vous avez sûrement entendu qu'il crée de la dépendance. Ou qu'il régule le cortisol de votre bébé. Les deux sont assénés avec la même assurance, avec en renfort des citations d'études que personne ne semble avoir lues jusqu'au bout.

Dans un monde idéal, je n'aurais probablement pas besoin d'écrire cet article. Les recommandations pour pratiquer le cododo de la manière la plus sûre possible seraient connues des parents et des professionnels de santé, le partage de lit ne serait ni présenté comme une pratique miraculeuse ni diabolisé au point que certains parents le fassent en cachette, et surtout, personne n'aurait à se justifier d'avoir son bébé dans son lit. On ne leur expliquerait pas qu'ils sont en train de créer une dépendance, de compromettre l'autonomie future de leur enfant ou de mettre leur couple en danger : remarques généralement formulées, bien entendu, par des personnes uniquement préoccupées par le bien-être du bébé, celui de sa mère, la santé de son couple et, manifestement, sa sexualité.

Mais nous ne vivons pas dans ce monde-là. Nous vivons dans une société assez polarisée pour que pratiquement aucune façon d'être mère n'échappe au jugement, et le cododo est devenu l'un de ces sujets où chacun arrive avec ses certitudes, souvent déguisées en vérités scientifiques. D'un côté : c'est dangereux, il ne deviendra jamais autonome, vous validez ses peurs. De l'autre : ça régule son cortisol, ça développe son cerveau, ça renforce son nerf vague, ça protège de la mort inattendue.

Alors j'ai voulu faire le tri. Et je me suis rendu compte, en écrivant cet article, que j'allais peut-être retirer quelques arguments à des parents qui en avaient justement besoin pour résister aux remarques de leur entourage. J'y ai pensé, et je le fais quand même, parce qu'un argument faux protège mal : il suffit qu'une personne mieux informée le démonte pour que tout le reste perde en crédibilité, y compris ce qui était parfaitement juste.

Une précision importante avant de commencer

La grande majorité des études qui ont observé finement le partage de lit ont étudié des mères qui allaitaient. Ce n'est pas très surprenant : le sommeil des bébés est déjà peu financé et difficile à étudier, et je doute qu'une équipe ait reçu une pluie de subventions pour répondre à la question « quel est l'effet d'être simplement dans le même lit qu'un adulte, en retirant soigneusement l'allaitement de l'équation ? ». Dans la vraie vie, proximité nocturne, allaitement, contact, tétées et réponses parentales se mélangent. Les études aussi.

Donc lorsque je parle d'un bénéfice observé chez des bébés qui partagent le lit, gardez en tête que, très souvent, nous parlons du partage de lit dans un contexte d'allaitement. Ce qu'on peut transposer aux autres familles, on ne le sait pas toujours.

Ce qu'on vous dit pour vous en dissuader

Cliquez sur une affirmation pour dérouler ce que la recherche en dit.

« Ça va créer une dépendance, il ne sera jamais autonome »Pas dans le sens que vous croyez

VerdictRien ne montre que le cododo rende un enfant moins autonome. Ce qui a été mesuré irait plutôt dans l'autre sens.

C'est probablement l'un des reproches les plus difficiles à recevoir. Parce que là, on ne vous parle pas de la place du père dans le lit, de votre couple ou de ce qu'une « bonne » famille devrait faire. On vous dit que vous êtes peut-être en train de nuire à votre enfant. Que vous créez une dépendance, qu'il ne saura jamais dormir seul, que vous validez ses peurs au lieu de lui apprendre à les dépasser, qu'en répondant trop vous l'empêchez de devenir autonome.

Et c'est justement ce qui rend ce genre de remarque difficile à balayer. Même lancée sans preuve, une fois le doute installé, on a quand même envie de savoir s'il n'y aurait pas une once de vérité derrière. Parce que si c'était vrai, évidemment que ce serait important.

Heureusement pour qui veut bien regarder un peu plus loin que sa culture et son nombril, le sommeil partagé est extrêmement courant dans une grande partie du monde. Si dormir près de ses parents empêchait réellement les enfants de devenir débrouillards, autonomes ou capables de se séparer, on devrait avoir un problème assez visible à l'échelle de populations entières. Ce n'est pas ce qu'on observe.

La présence d'un parent entretient-elle vraiment la peur ?

L'idée derrière ce reproche est qu'en restant là, vous confirmez à votre enfant qu'il y avait bien quelque chose à craindre, au lieu de l'aider à traverser sa peur. Chez les tout-petits, les données dont on dispose vont plutôt dans l'autre sens.

À dix-huit mois, la présence d'un adulte disponible peut atténuer la réponse physiologique au stress, notamment chez les enfants de tempérament plus inquiet : un enfant peut être très réactif de nature et pourtant ne pas montrer la montée de cortisol attendue lorsque son parent est là. Ce n'est pas une étude sur le coucher, et je ne vais pas lui faire dire ce qu'elle ne dit pas. Mais si la présence entretenait la peur, on s'attendrait à observer le contraire.

Et l'autonomie, concrètement ?

Une étude s'est posé exactement cette question, et son intérêt tient à un détail : ses auteurs pensaient trouver l'inverse de ce qu'ils ont trouvé. Ils s'attendaient à ce que les enfants ayant dormi seuls se révèlent les plus autonomes.

Ils ont suivi des enfants d'âge préscolaire répartis en trois groupes selon leur mode de couchage depuis la naissance. Ceux qui avaient partagé le lit dès le départ et continué au-delà d'un an. Ceux qui dormaient seuls, installés dans leur chambre avant leur premier anniversaire. Et un troisième groupe, plus rarement distingué : les enfants déplacés vers six mois puis ramenés dans le lit parental après un an. Un partage de lit réactif, donc souvent subi plutôt que choisi.

Plusieurs dimensions ont ensuite été évaluées par questionnaire auprès des mères, avec le biais que cela suppose, en particulier sur le sommeil : ne pas être réveillé par son bébé ne signifie pas qu'il ne s'est pas réveillé, surtout quand il dort dans une autre pièce.

Premier résultat : les parents des enfants qui dormaient seuls rapportaient moins de réveils nocturnes, et ces enfants s'endormaient seuls plus tôt. Ce qui montre surtout que les choix parentaux autour du couchage et du sevrage nocturne influencent l'indépendance de sommeil. Ce n'est pas très surprenant, puisque c'est précisément ce que ces choix visent.

Sur les autres formes d'autonomie, enfin, le résultat part dans l'autre sens. Les enfants qui avaient partagé le lit depuis la petite enfance étaient décrits comme plus autonomes dans les tâches du quotidien, s'habiller par exemple, et plus autonomes socialement, comme aller vers les autres enfants et se faire des amis sans aide.

On pourrait légitimement penser que ce genre de différence tient davantage à des principes éducatifs qu'à une configuration de couchage. C'est exactement ce que suggère une autre équipe, dans le Minnesota, qui a suivi des enfants depuis la naissance en regardant non pas où ils dormaient, mais comment leurs parents répondaient à leurs signaux de détresse.

Ce que dit la recherche sur l'attachement

« Les nourrissons qui étaient effectivement dépendants, c'est-à-dire qui signalaient directement leur détresse à leurs parents et obtenaient une réponse constante, se montraient plus autonomes à l'âge préscolaire. »

Sroufe, Egeland, Carlson & Collins (2005), The Development of the Person.

Ce qui donne quelque chose d'assez simple, au fond. Si vous travaillez l'indépendance de sommeil de votre enfant, il y a de bonnes chances que ça marche : c'est ce que montrent les résultats sur les réveils.

Mais ça n'enlève rien à l'autre observation, qui porte sur tout le reste de sa vie : répondre avec constance aux demandes d'un bébé semble bien construire son autonomie. Soit l'inverse exact de ce qu'on prédit en ne regardant que les nuits.

Et vingt ans plus tard, ils sont toujours dans votre lit ?

On dispose aussi d'un suivi beaucoup plus long dans une autre étude : deux cent cinq familles suivies pendant dix-huit ans. À dix-huit ans, rien de particulier. Pas davantage de difficultés chez les enfants ayant partagé le lit, et pas davantage de bénéfices non plus. Donc si votre inquiétude est de savoir si le cododo va fabriquer un adulte dépendant, anxieux ou incapable de quitter la maison, dans le seul suivi long dont on dispose, aucun signal n'apparaît.

Les limites, quand même

Ces études ne sont pas parfaites. Une bonne partie repose sur ce que les mères rapportent elles-mêmes, et le biais de confirmation est bien documenté : on observe plus facilement ce qui valide une décision qu'on a prise, surtout quand elle est contestée autour de soi. Et mesurer l'autonomie reste extrêmement compliqué : on utilise un seul mot pour des dizaines de capacités qui n'ont pas grand-chose à voir entre elles.

On a donné au lieu de sommeil un pouvoir énorme sur la construction de l'autonomie, sans avoir beaucoup de raisons de le faire.

L'autonomie se construit dans des milliers de situations : manger, s'habiller, explorer, se séparer, tenter, échouer, recommencer, demander de l'aide puis en avoir moins besoin. Celle du sommeil est la seule qui cristallise autant le débat.

Sroufe, Egeland, Carlson & Collins (2005), The Development of the Person, étude longitudinale du Minnesota. Keller & Goldberg (2004), Infant and Child Development. Okami, Weisner & Olmstead (2002), Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics. Nachmias et coll. (1996), Child Development.

« C'est dangereux »Oui, mais pas là où on vous le dit

VerdictDans certaines configurations, oui. Dans d'autres, le risque est très différent.

C'est le seul argument de toute cette discussion qui touche directement au risque de mort inattendue du nourrisson, et donc celui qui mérite qu'on soit particulièrement sérieux.

Voici l'essentiel. Le risque n'est pas réparti uniformément : il se concentre massivement dans un petit nombre de circonstances identifiables. S'endormir avec son bébé sur un canapé ou dans un fauteuil est de très loin la configuration la plus dangereuse, dans un tout autre ordre de grandeur que le reste. Viennent ensuite le tabac, y compris chez un adulte qui ne fume jamais dans la chambre, l'alcool et les médicaments qui altèrent la vigilance, une surface molle, et les premiers mois de vie, en particulier avant quatre mois.

Autrement dit, la question n'est pas vraiment « est-ce dangereux », mais « dans quelles conditions ». Et une chose que l'on entend rarement : parmi les trois configurations possibles, celle qui est associée au risque le plus élevé n'est pas le lit partagé, c'est la chambre séparée.

Je ne vais pas refaire ici l'article que j'ai consacré à ce sujet, parce qu'il est long et qu'il le mérite. Il est ici, avec les chiffres, les sources et ce que disent exactement les recommandations. Mais oui : le partage de lit doit être pensé en termes de réduction des risques, pas transformé en bataille idéologique.

Ce qu'on vous promet si vous le faites

« Bébé se réveille moins, et tout le monde dort mieux »Pour vous, ce n'est pas sûr

VerdictPlus de réveils brefs pour la mère, ce qui ne veut pas dire des réveils conscients. Tout dépend donc de ce que vous en percevez.

C'est probablement l'un des bénéfices dont les parents parlent le plus spontanément. Pas forcément sous la forme « grâce au cododo, mon bébé dort douze heures », plutôt sous celle-ci : depuis que je ne dois plus me lever huit fois, c'est enfin supportable. Et ça, les données permettent assez bien de le comprendre.

Dans les petits travaux de laboratoire disponibles, sur des dyades allaitantes, les mères ont davantage de micro-éveils lorsqu'elles partagent le lit. Ça semble mal parti pour l'argument. Sauf qu'elles ne dorment pas moins longtemps, et c'est là que ça devient intéressant.

Côté bébé, les mêmes enregistrements montrent un sommeil plus léger : moins de temps dans les stades profonds, davantage dans les stades légers.

Les réveils enregistrés ne correspondent pas forcément à la scène qu'on imagine : se redresser, regarder l'heure, prendre bébé, marcher dans le couloir pendant quarante minutes. Ce sont souvent quelques secondes d'allègement du sommeil. On remonte légèrement, puis on replonge, et souvent on ne s'en souvient absolument pas le lendemain.

En partageant le lit, les tétées sont également plus fréquentes, et deux corps côte à côte se stimulent forcément un peu : changement de respiration, chaleur, mouvement du matelas. Mais la proximité peut aussi éviter qu'un micro-éveil devienne un vrai réveil. Bébé bouge, trouve immédiatement une odeur connue, de la chaleur, parfois le sein. La mère s'éveille juste assez pour répondre. Personne ne se lève, personne n'allume la lumière, et dix secondes plus tard tout le monde redort.

Donc si vous avez l'impression de mieux dormir depuis que votre bébé est avec vous, vos nuits peuvent effectivement être devenues plus faciles. Et si, à l'inverse, le moindre mouvement de votre bébé vous réveille et que vous dormez mieux quand il est plus loin, c'est parfaitement crédible aussi. Les études ne choisissent pas entre vos deux expériences. Elles montrent surtout que le nombre de micro-éveils et la qualité vécue de la nuit ne sont pas la même chose.

Mosko, Richard & McKenna (1996 et 1997), Sleep, partage de surface, dyades allaitantes, laboratoire. Volkovich et coll. (2018), Sleep, partage de chambre, actigraphie à domicile.

« Dormir avec bébé est bon pour l'allaitement et la lactation »Un gain pour une perte ?

VerdictLe partage de lit augmente clairement la fréquence des tétées. C'est un bénéfice biologique, mais il peut se vivre à l'inverse : plus de tétées, c'est aussi plus de sollicitations nocturnes.

Voilà un cas parfait où une affirmation plutôt juste finit par devenir plus affirmative que les données. Les bébés qui dorment dans le lit parental ou dans un berceau accolé tètent davantage la nuit que ceux qui dorment plus loin. Ça, c'est solide. Et c'est intéressant : dans cette expérience, le berceau accolé suffisait déjà à augmenter les tétées. La proximité compte donc énormément.

À partir de là, on entend souvent que le cododo augmente la production de lait. La chaîne physiologique est cohérente, davantage de tétées signifiant davantage de stimulation de la lactation. Mais personne n'a réellement comparé la production de lait entre deux groupes dans ces conditions. Donc : plausible, logique, pas directement démontré.

Même prudence sur la durée. Oui, les femmes qui partagent régulièrement leur lit allaitent en moyenne plus longtemps. Mais lorsqu'on interroge ces femmes pendant la grossesse, celles qui partageront beaucoup leur lit sont déjà plus motivées à allaiter. Alors qui produit quoi ? Est-ce le partage de lit qui permet d'allaiter longtemps, ou est-ce qu'une femme très déterminée à allaiter adopte plus facilement le partage de lit parce qu'il lui simplifie les nuits ? Probablement un mélange des deux.

Et c'est exactement pour ça que j'utilise le mot que j'utilise quand une étude ne permet pas de conclure au mécanisme : corrélation. Ce serait légèrement malhonnête de ne sortir ce mot que lorsque les résultats ne m'arrangent pas.

Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est que pour certaines femmes, la proximité nocturne semble être un outil pratique qui rend leur projet d'allaitement plus tenable. Et ça, ce n'est déjà pas rien.

Ball et coll., essais avec observation vidéo nocturne, Durham. Ball et coll. (2016), Acta Paediatrica. Essai NECOT.

« Au contraire, le cododo protège de la mort inattendue du nourrisson »Séduisant, mais…

VerdictIl existe des mécanismes plausibles. Ils ne démontrent pas une protection.

Oui, je sais. D'un côté, des recommandations déconseillent le partage de lit à cause du risque de mort inattendue. De l'autre, certaines personnes expliquent que le cododo pourrait justement protéger. Bienvenue dans le merveilleux monde des débats sur le sommeil des bébés.

Deux mécanismes sont souvent proposés. Le premier concerne le sommeil plus léger : en partage de lit, certains travaux montrent que les bébés passent moins de temps dans les stades les plus profonds et davantage dans un sommeil plus léger. Or l'une des hypothèses sur la mort inattendue implique justement une difficulté du bébé à s'éveiller lorsqu'un signal physiologique devrait le faire réagir. Donc, sur le papier, un bébé plus facilement éveillable pourrait être mieux protégé. C'est cohérent, mais ce n'est pas démontré.

Deuxième hypothèse, le CO₂ expiré par la mère pourrait stimuler la respiration du bébé. Là encore, la physiologie de base existe, le CO₂ participe bien au contrôle respiratoire. Mais personne n'a démontré que la quantité expirée par une mère couchée près de son bébé produit un effet protecteur.

Et surtout, un mécanisme plausible n'efface pas les autres risques liés à certaines configurations de couchage. Donc on garde les hypothèses à leur juste place : intéressantes, mais insuffisantes pour transformer le partage de lit en mesure de prévention de la mort inattendue.

Mosko, Richard & McKenna (1996), Sleep. McKenna et coll. (1997), American Journal of Physical Anthropology.

« Les bébés en cododo gèrent mieux le stress »Oui, et l'inverse aussi

VerdictRésultats intéressants, mais certainement pas de quoi écrire que le cododo fait baisser le cortisol.

Un petit détour par mon hormone préférée d'Instagram : le cortisol. Il n'est pas seulement une hormone du stress, c'est aussi une hormone d'éveil. Il participe au rythme veille-sommeil, à la vigilance, au métabolisme, à la réponse immunitaire, et il monte en fin de nuit précisément pour nous permettre de nous lever le matin.

Baisser sa production n'est donc absolument pas un objectif universellement souhaitable, ni pour tout le monde, ni à tout moment de la journée.

Cela dit, c'est aussi une hormone qui se déclenche en réaction à un stress, et c'est bien l'intensité de cette réaction qui a été étudiée ici.

Cela posé, les études sur sommeil partagé et cortisol ne racontent pas toutes la même chose. Certaines trouvent une moindre réactivité hormonale chez les bébés ayant dormi près de leurs parents, en sachant qu'il s'agit là surtout de partage de chambre. Une autre obtient plutôt l'inverse, et fait ressortir la réponse de la mère aux signaux du bébé davantage que le lieu de sommeil lui-même.

Puis une autre équipe a laissé les hormones tranquilles et a regardé directement le comportement des bébés. À six mois, lors d'un protocole où la mère cesse brièvement de répondre tout en restant face au bébé, ceux qui avaient partagé le lit toute la nuit quelques mois auparavant récupéraient mieux au moment où l'interaction reprenait. Ils montraient aussi davantage de comportements d'autoapaisement.

Intéressant ? Oui. Une preuve irréfutable que dormir contre sa mère régule le système nerveux ? Non. Les auteurs eux-mêmes n'ont pas identifié le mécanisme qui expliquerait ce résultat. On reste donc dans la corrélation, pas dans la causalité.

Ce que je trouve finalement plus intéressant, c'est le point commun entre plusieurs de ces travaux : la disponibilité et la réponse aux besoins de l'enfant semblent compter énormément. Et ça, évidemment, dépasse très largement l'endroit où il dort.

Beijers, Riksen-Walraven & de Weerth (2013), Stress. Tollenaar et coll. (2012). Kim & Teti (2016), Developmental Psychobiology. Lerner, Camerota, Tully & Propper (2020), Infant Behavior and Development.

« Le cododo renforce le lien d'attachement »On ne parle pas de la même chose

VerdictLa synchronisation existe. Le lien plus fort, lui, n'a pas été démontré.

Celui-ci est particulièrement séduisant. Deux corps dorment côte à côte, ils perçoivent leurs mouvements, leur chaleur, leur respiration, leur odeur, ils se synchronisent, et de cette communication nocturne naîtrait un attachement plus solide. La première partie est observable. La seconde est une extrapolation.

Dans les laboratoires où des mères et des bébés ont été filmés toute une nuit, on voit effectivement une sorte de danse : orientation des corps, mouvements qui se répondent, éveils qui coïncident davantage que le hasard ne le prédirait. Les corps communiquent. Mais personne n'a démontré que cette synchronisation nocturne produit, à elle seule, un lien d'attachement plus fort.

La question de l'attachement a été étudiée autrement. Dans une étude néerlandaise, les enfants qui n'avaient jamais partagé le lit présentaient plus souvent un attachement insécure à quatorze mois. Le résultat va donc plutôt dans le sens inverse du reproche habituel, mais il reste isolé, et personne ne peut dire ce qui, dans ces familles, produit cette différence.

Le partage de lit n'est donc ni une machine à fabriquer de l'attachement sécure, ni un obstacle à celui-ci. Le lien se construit dans des milliers d'interactions, de jour comme de nuit. Le cododo peut en faire partie, il n'en est pas le bouton magique.

McKenna et coll., travaux du laboratoire de Notre-Dame. Mileva-Seitz et coll. (2016).

« Les bébés en cododo sont plus empathiques et mieux régulés »Trois bébés

VerdictUne étude intrigante, sur très peu de bébés, et qui parle de proximité plus que de partage de lit.

Selon le post qui vous est passé devant, ce sera un cortex préfrontal plus développé, des connexions renforcées avec l'amygdale, ou une maturation accélérée de je ne sais quelle structure. Voici ce qui existe réellement.

Une étude suisse a enregistré l'activité cérébrale de trente et un bébés de six mois pendant leur sommeil, avec un électroencéphalogramme à cent vingt-quatre électrodes. Les enfants qui dormaient à proximité de leur famille présentaient une connectivité frontale plus élevée.

Un mot sur ce que ça veut dire, parce que le terme circule beaucoup sans jamais être expliqué. La connectivité mesure à quel point deux régions du cerveau fonctionnent de façon coordonnée. Ici, il s'agit de régions frontales, celles qui seront plus tard impliquées dans le contrôle de l'attention et des émotions. C'est précisément de là que vient l'affirmation.

Une nuance, cependant, et elle vient des auteurs. Ils s'attendaient à ce que la maturation se traduise par davantage de connexions à longue distance et moins à courte distance. Or ce qu'ils observent ne concerne que les connexions courtes. Leur propre marqueur de maturité ne s'applique donc pas ici, et ils concluent ne pas pouvoir dire ce que cette différence signifie sur le plan du développement.

À noter aussi : c'est très largement une étude sur le partage de chambre. Trois bébés seulement dormaient dans le lit parental.

Ce qui ne mérite pas encore un Reel intitulé « 5 façons dont le cododo transforme le cerveau de votre bébé ».

Markovic, Schoch, Huber, Kohler & Kurth (2023), Scientific Reports.

« C'est bénéfique pour l'expression de ses gènes et son nerf vague »Restons rigoureux

VerdictDes phénomènes réels, mesurés sur le contact. Le partage de lit n'est pas toujours synonyme de contact prolongé, surtout quand l'enfant grandit.

C'est probablement ici que les affirmations deviennent les plus spectaculaires. Et c'est dommage, parce qu'elles partent souvent de phénomènes qui, eux, sont parfaitement réels.

Sur le contact précoce, la réponse aux signaux du bébé et le toucher affectueux, nous avons des données solides. Des associations ont été observées avec l'expression de certains gènes, notamment NR3C1 et OXTR, ainsi qu'avec différents marqueurs du développement et du fonctionnement cérébral. Mais ces études n'ont pas comparé « bébé dans le lit parental » contre « bébé dans son propre lit ». Elles ont mesuré le contact et la qualité globale des soins.

Donc lorsqu'on lit que le cododo modifie l'épigénétique de votre bébé, il manque une étape. Le raisonnement est compréhensible : un bébé qui passe ses nuits contre un parent reçoit beaucoup de contact.

Mais partager une surface de sommeil ne veut pas dire rester en contact toute la nuit, et de moins en moins à mesure que l'enfant grandit. Un enfant de deux ans qui dort à l'autre bout du lit partage bien la surface, sans le contact prolongé que ces études ont mesuré. L'extrapolation ne vaut donc pas pour tous les cododos.

Et pour le nerf vague ? La variabilité de la fréquence cardiaque nous donne bien des informations sur le fonctionnement vagal. Mais « le cododo tonifie le nerf vague » reste une affirmation qui n'a tout simplement pas été testée telle quelle.

Je sais que « plausible mais non démontré » fait beaucoup moins rêver qu'un schéma avec une flèche vers le nerf vague. Mais c'est justement là que commence la vulgarisation scientifique : ne pas transformer une belle hypothèse en résultat d'étude.

Carozza & Leong (2021), Frontiers in Neuroscience. Revue sur toucher maternel et méthylation, Current Opinion in Behavioral Sciences (2021).

Un bénéfice bonus, du côté des pèresPersonne n'en parle

VerdictPeut-être le résultat le plus inattendu de ce dossier, et le seul qui parle des pères.

Jusqu'ici, les pères sont remarquablement absents de presque toute cette littérature. Il existe quand même un résultat assez inattendu : chez des pères philippins partageant la surface de sommeil, la testostérone nocturne était plus basse.

Est-ce le cododo qui fait baisser la testostérone, ou les hommes dont la testostérone est plus basse qui se rapprochent davantage ? Ça se creuse. Et décider qu'une testostérone plus basse constitue automatiquement un bénéfice demanderait encore une interprétation supplémentaire.

Donc je vous épargne pour l'instant le titre « le cododo transforme votre conjoint grâce à ses hormones ».

Gettler et McKenna, cohorte de Cebu, Philippines.

Alors, au bout du compte : quels sont les bénéfices du cododo ?

Le point essentiel est peut-être ailleurs

Le contact est bénéfique. Répondre aux besoins d'un bébé compte. La proximité peut être une façon extrêmement pratique de faire les deux, mais elle n'est pas la seule.

Et inversement, un enfant qui se réveille et souhaite retrouver ses parents fait quelque chose de profondément banal pour un jeune mammifère. Il n'a pas besoin d'une cascade de cortisol, d'ocytocine ou d'épigénétique pour que son besoin soit légitime.

Je trouve d'ailleurs assez fascinant que nous dépensions autant d'énergie à essayer de démontrer scientifiquement les bénéfices d'un comportement que pratiquement tous les mammifères pratiquent, et dont nous sommes peut-être les seuls à exiger une justification à ce point détaillée. Personne ne demande un essai randomisé avant d'autoriser les parents à chanter une berceuse. Personne n'exige une méta-analyse prouvant qu'embrasser son enfant ou lui lire une histoire améliore son développement. Ce n'est pas que ces pratiques disposent de preuves infiniment meilleures : c'est qu'on ne leur demande pas de se justifier.

Et ce n'est pas un argument pour dire que le cododo est naturel, donc qu'il est bon. C'est simplement une question intéressante : pourquoi certaines façons de prendre soin d'un bébé doivent-elles produire un dossier scientifique complet avant d'être considérées comme acceptables ?

La réponse n'est pas dans les études. Elle est dans notre histoire : l'idée qu'un bébé doit dormir seul est une construction récente, née au XIXe siècle d'une théorie médicale aujourd'hui abandonnée. Je l'ai racontée en détail ici.

Pour vous, parents

Au bout de tout ça, je ne peux rien vous promettre. Le cododo ne transformera probablement pas votre enfant.

Mais personne n'a de raison de vous dire qu'il le rendra dépendant, moins autonome ou incapable de dormir seul à dix-huit ans. Et ça, c'est exactement ce que vous aviez besoin de savoir.

Vous pouvez choisir le partage de lit parce qu'il vous aide. Le pratiquer par contrainte, parce qu'aucune autre solution ne tient. Ou simplement parce que vous aimez dormir avec votre bébé, ce qui est une raison suffisante et n'a pas à être justifiée autrement. Vous pouvez aussi ne pas le choisir parce qu'il vous empêche de dormir. L'utiliser trois nuits pendant les dents, six mois, trois ans, ou jamais.

Les données peuvent vous aider à comprendre les risques, les bénéfices possibles et les limites de ce qu'on raconte. La décision, elle, reste la vôtre.

Sources

Sommeil et éveils

Mosko S., Richard C., McKenna J. (1996). Infant sleep architecture during bedsharing and possible implications for SIDS. Sleep, 19(9), 677–684.

Mosko S., Richard C., McKenna J. (1997). Maternal sleep and arousals during bedsharing with infants. Sleep, 20(2), 142–150.

Volkovich E. et coll. (2018). Mother–infant sleep patterns and parental functioning of room-sharing and solitary-sleeping families. Sleep, 41(2).

Allaitement

Ball H. L. et coll. (2016). Bed-sharing and infant feeding: a prospective cohort study. Acta Paediatrica.

Ball H. L. et coll. Essai NECOT, berceaux accolés en maternité.

Mort inattendue et mécanismes proposés

McKenna J. et coll. (1997). Maternal proximity and infant CO₂ environment during bedsharing. American Journal of Physical Anthropology.

Stress, régulation, attachement

Beijers R., Riksen-Walraven J. M., de Weerth C. (2013). Cortisol regulation in 12-month-old human infants. Stress.

Tollenaar M. S. et coll. (2012).

Kim B.-R., Teti D. M. (2016). Developmental Psychobiology.

Lerner R. E., Camerota M., Tully K. P., Propper C. (2020). Associations between mother-infant bed-sharing practices and infant affect and behavior during the still-face paradigm. Infant Behavior and Development, 60.

Mileva-Seitz V. et coll. (2016).

Nachmias M. et coll. (1996). Behavioral inhibition and stress reactivity. Child Development, 67(2).

Autonomie et devenir

Keller M. A., Goldberg W. A. (2004). Co-sleeping: help or hindrance for young children's independence? Infant and Child Development, 13(5), 369–388.

Okami P., Weisner T., Olmstead R. (2002). Outcome correlates of parent-child bedsharing: an eighteen-year longitudinal study. Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, 23, 244–253.

Sroufe L. A., Egeland B., Carlson E. A., Collins W. A. (2005). The Development of the Person: The Minnesota Study of Risk and Adaptation from Birth to Adulthood. Guilford Press.

Cerveau, contact, épigénétique

Markovic A., Schoch S. F., Huber R., Kohler M., Kurth S. (2023). Sleep EEG connectivity in infants. Scientific Reports.

Carozza S., Leong V. (2021). The role of affectionate caregiver touch in early neurodevelopment. Frontiers in Neuroscience, 14.

Revue sur toucher maternel et méthylation de l'ADN, Current Opinion in Behavioral Sciences (2021).

Pères

Gettler L. T., McKenna J. et coll. Cohorte de Cebu, Philippines.

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