Jumeaux de 7 mois, prématurés, comment les déposer après la tétée pour les siestes SANS les laisser pleurer?

Bonjour !
Mes jumeaux Arthur et Hélios ont 7 mois et demi, prématuré nés à 31sa. Je les allaite et actuellement je dort avec eux dans leur lit deux places au sol.
Ils ont toujours eu du mal à être poser une fois endormi. Ils ne s’endorment qu’au sein, en porte bébé en voiture et en poussette. La nuit ils dorment au sein et je n’arrive pas à les poser. J’aimerais réussir à pouvoir les poser après la tétée mais je refuse catégoriquement de les laisser pleurer. J’y arrive parfois 1h dans la nuit, avant je pouvais plus souvent.
La Pmi, leur kiné et ma belle mère font souvent la remarque que c’est parce que je les endors comme ça, que à leur âge si on les posent et qu’on leur dit que c’est l’heure de dormir ils comprennent et qu’il faut que j’accepte de les laisser un peu pleurer, que je leur donne un biberon avant de dormir pour les caler etc etc. Je ne sais plus quoi leur répondre, ça me blesse beaucoup.
Les jumeaux ont été hospitalisé des leur naissance pendant 1 mois, 1 semaine de réanimation puis 1 semaine de soins intensifs puis 2 semaines de soins standard en chambre parent-enfant. Je n’ai pas pu porter hélios jusqu’à son 3ème jour de vie. Le personnel soignant surchargé ne pouvait pas répondre à tous leur pleurs lorsque nous n’étions pas avec eux. Je suis traumatisé de cette période et j’ai parfois l’impression qu’ils le sont aussi même si beaucoup me disent qu’ils étaient trop petit pour se souvenir ou se rendre compte. Il est hors de question que mes bébés pleurent et que personne ne soit là pour les consoler.
Malgré tout je suis épuisée, je cherche de vraies conseils et solutions pour que l’ont puisse mieux dormir tous les trois.

Merci d’avance pour votre travail et votre reponse !!

Bonjour,

Merci pour votre message, et le partage de votre histoire. Je sens tout le poids que vous portez : épuisement, doutes, et surtout le besoin viscéral de ne JAMAIS laisser Arthur et Hélios pleurer seuls après tout ce qu’ils ont traversé. Vous êtes lucide, vous connaissez leur histoire, leur “bagage”, et vos intuitions sont plus que légitimes.

Je veux d’abord vous rassurer sur un point fondamental : NON, endormir vos bébés au sein, en portage ou durant une promenade n’est ni une “mauvaise habitude” ni la raison de leurs besoins de contact. Les bébés, et tout particulièrement les bébés prématurés ou ayant vécu des hospitalisations et séparations précoces, gardent une empreinte profonde de leurs premières semaines. Pas une mémoire “consciente” bien sûr, mais le corps, le système nerveux, l’attachement, tout cela se construit dans le ressenti. Dire qu’ils étaient “trop petits pour se rendre compte”, c’est passer à côté de décennies de recherches en neurosciences du développement. Oui, ils avaient besoin de vous dès la toute première heure – et c’est normal qu’aujourd’hui, ils réclament ce qu’ils n’ont pas pu avoir alors.

Ce que vous décrivez (sommeil “ventouse”, endormissement au sein, réveils fréquents, besoin de peau-à-peau intense) : c’est l’expression d’un besoin de sécurité, pas une défaillance ni un “caprice”. Et pour être très claire, il n’existe AUCUN fondement à dire qu’à 7 mois, un bébé “comprend” qu’on lui dit qu’il doit dormir seul, ni que le laisser pleurer soit nécessaire ou bénéfique (bien au contraire).
Vous avez déjà fait un choix fort : accompagner leurs pleurs, leur offrir vos bras, refuser les méthodes de “laisser pleurer”. C’est le plus grand cadeau que vous pouviez leur faire.

👉 Et j’ajoute un point important dans votre situation : après un début de vie aussi intense, leur système nerveux a été mis à rude épreuve.
Du coup, ils peuvent avoir besoin de beaucoup de régulation sensorielle pour s’apaiser (mouvement, succion, contact…). Tant que ces besoins-là ne sont pas comblés autrement, ils vont naturellement revenir vers ce qui fonctionne le mieux aujourd’hui (le sein, le portage…).
L’idée n’est pas de retirer ça, mais d’élargir progressivement les façons de les apaiser, avec d’autres sensations (pression, bercement, contenance…), pour petit à petit pouvoir faire autrement, sans passer par le laisser-pleurer.

Maintenant : que faire, concrètement, pour survivre à l’épuisement ?

Quelques pistes (à piocher selon ce qui vous parle) :

Maximiser votre propre repos
Dormir avec deux bébés, qui tètent à la demande, c’est une épreuve olympique. Si cela fonctionne même partiellement (que vous arrivez à dormir à côté), essayez de vous autoriser à lâcher la pression sur la “manière” dont ils s’endorment. Tant que tout le monde est en sécurité (matelas au sol, pas de couette lourde, etc.), il n’est pas nécessaire de se forcer à poser les bébés “coûte que coûte” si cela provoque une crise et que vous ne dormez pas plus.
Transferts : petits hacks sensoriels
Quand vous tentez de les poser après une tétée, réchauffez légèrement l’endroit où vous allez les déposer (bouillotte retirée juste avant) ; posez un lange qui sent votre odeur ; gardez une main posée fermement sur chacun pour accompagner la transition ; faites-le tout doucement, étape par étape. Il existe des vidéos et astuces ici :
https://www.instagram.com/reel/DJ4mY-KCr3o/
https://www.instagram.com/reel/DJmk8mbp6bB/
https://www.instagram.com/reel/DKfM0kpCwZy/
Portage & co-sieste
Vous faites déjà du portage : parfait, continuez sans culpabilité. Certains portages ou écharpes permettent un portage double, si votre dos le supporte — cela peut être un soutien là où le lit n’aide pas (en journée par exemple).
En journée, diversifier les lieux de repos
Parfois (pas toujours, hélas !), proposer la sieste en poussette ou portage (balade dehors, bercement) aide à fractionner un peu la charge et à varier les environnements sensoriels — quitte à dormir vous-mêmes dehors sur un banc ou dans la voiture si cela “marche” ! Il n’y a aucune honte à ça.
Normaliser vos besoins à l’entourage (ou choisir de ne pas rentrer dans le débat…)
Soyons francs : la culpabilisation parentale… Vous pouvez leur répondre, si vous en avez l’énergie, que partout dans le monde, les bébés humains dorment en contact, sein dans la bouche et bras de leur parent longtemps. Que NON, laisser pleurer ne provoque PAS un “apprentissage”, mais une forme de résignation physiologique.
Mais vous n’avez aucune obligation pédagogique :
« Je fais ce qui me semble juste pour mes enfants, surtout après tout ce qu’ils ont vécu. Merci de respecter ma façon de les accompagner. »
Prendre soin de vous aussi (même si ça semble impossible)
Un épuisement profond, surtout avec leur histoire, ce n’est pas une faiblesse — c’est humain. Si vous sentez la détresse monter, c’est un signal. Mieux vaut parfois déposer les bébés en sécurité quelques instants, souffler, que de s’oublier complètement.

Enfin, quelques idées à tester avec nuance :

Parfois, s’éloigner quelques soirs, déléguer un début de nuit à quelqu’un en confiance peut vous permettre de dormir un cycle complet.
Vérifier s’il n’y a pas aussi des éléments d’inconfort (rythme, digestion, etc.) qui majorent les réveils.

👉 Si vous avez envie d’aller plus loin sur la régulation sensorielle, je propose justement un challenge cette semaine (et je pense en refaire un en juin), pour aider à identifier quels types de stimulations apaisent vraiment votre bébé, et comment les utiliser concrètement pour faciliter l’endormissement sans passer uniquement par le sein.

Vous êtes une mère FORTISSIME. Vous faites, en l’état actuel des connaissances, tout ce qui participe à leur sécurité affective. Ce n’est pas un problème, c’est une réponse à leur histoire.

Le sommeil évoluera. Pas forcément de manière linéaire, mais il évoluera.
Et ce que vous construisez aujourd’hui, cette sécurité, c’est une base énorme pour la suite.

Si vous avez envie d’échanger avec d’autres parents de jumeaux traversant la même tempête, je recommande ce compte plein de ressources et de témoignages :
https://www.instagram.com/jumeaux.sans.ko/

Bravo pour votre courage, votre lucidité, votre amour.
Prenez soin de vous.

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