Bébé 8 mois, allaité et cododo, besoin des bras pour se rendormir, faut-il instaurer l’endormissement autonome et comment?

Bonjour,
Ma fille a 8 mois et demi, c’est notre premier enfant
Elle est allaitée et nous avons commencé la diversification à 4 mois
Nous n’arrivons pas à l’endormir en endormissement autonome et donc n’arrivons pas à la passer dans sa chambre
Nous sommes perdus parce que nous avons peur que le fait d’être avec nous dans notre lit soit la cause de ses réveils nocturnes parce qu’elle me « sent » à côté d’elle …

Bonjur,
Ce que vous décrivez — la difficulté à installer un endormissement autonome, la crainte que le cododo ou la proximité soient « la cause » des réveils, et ce sentiment diffus qu’il faudrait absolument « réussir » à la faire dormir dans sa chambre — est incroyablement fréquent. Et surtout, c’est très fortement influencé par des injonctions historiques, culturelles et sociétales autour du sommeil des bébés. Injonctions qui, il faut le dire clairement, ne reposent pas sur des bases scientifiques solides.
Dans la réalité, l’immense majorité des bébés de 8 à 9 mois ne s’endorment pas seuls, ne dorment pas toute la nuit sans réveil, et réclament — parfois de façon très exclusive — la présence de leur parent principal, en particulier lorsqu’ils sont allaités. Ce fonctionnement n’est ni un retard, ni un problème à corriger.
À 8 mois et demi, des réveils nocturnes toutes les deux, trois ou quatre heures restent parfaitement dans la norme physiologique. La plupart des bébés de cet âge se réveillent plusieurs fois par nuit, y compris lorsqu’ils dorment dans une autre pièce. Le fait que certains livres, comptes ou sites laissent croire l’inverse ne reflète pas la réalité biologique, mais plutôt une norme idéalisée et très occidentale du sommeil infantile.
Le besoin de votre odeur, du contact, le fait de réclamer le sein ou votre présence lors des micro-réveils nocturnes correspond exactement au fonctionnement attendu du bébé humain. Sur le plan biologique, le tout-petit dort comme s’il était encore au cœur de sa « tribu » : proximité égale sécurité, donc apaisement. À cela s’ajoute l’immaturité de son système nerveux, qui ne lui permet pas encore de gérer seul les transitions entre les cycles de sommeil sans soutien externe.
Le cododo, lorsqu’il est pratiqué dans des conditions sécurisées, associé à l’allaitement, facilite l’accès au sein, protège souvent le sommeil maternel, et n’entrave en aucun cas, sur le long terme, l’acquisition de l’autonomie ou la capacité à dormir seul. À l’heure actuelle, aucune donnée scientifique sérieuse ne montre qu’un enfant « dépendra » durablement de la présence parentale parce qu’il a dormi près de ses parents bébé, ni que la proximité nocturne génère des troubles ultérieurs du sommeil. D’ailleurs, plus de 70 % des bébés dans le monde dorment en cododo durant les premières années de vie, dans toutes les cultures où cela n’est ni pathologisé ni culpabilisé, sans que cela ne pose le moindre problème pour la suite.
Il est également important de clarifier une chose : non, ce n’est pas la proximité nocturne qui provoque les réveils. Les réveils nocturnes sont physiologiques et multifactoriels. Ils sont liés à l’évolution du sommeil, aux poussées dentaires, au développement moteur, à des rêves plus intenses, à un besoin accru de sécurisation. Dormir près de vous n’est très probablement pas la cause de ces réveils. En revanche, votre présence permet à votre bébé de se rendormir plus rapidement et plus efficacement grâce à une rassurance immédiate, via le sein ou le contact.
Dans de très rares situations, il peut arriver qu’un bébé se réveille davantage pour stimuler une lactation qui lui semble insuffisante, ce qui mérite alors d’être évalué avec un·e professionnel·le formé·e en lactation. Dans d’autres cas, certains bébés sont sensibles à des éléments de leur environnement — mouvements, bruits, lumière — et peuvent être plus facilement réveillés. Mais lorsque c’est le cas, les parents s’en rendent généralement compte assez vite. Ce qui est essentiel à distinguer, c’est que ce n’est pas parce que votre bébé aime être dans vos bras qu’il se réveille. C’est parce qu’il se réveille — comme tous les bébés — qu’il aime retrouver vos bras. La nuance est fondamentale. La vraie question n’est donc pas « comment supprimer la proximité », mais plutôt comment, si besoin, diminuer l’intensité ou la fréquence des réveils, notamment en observant et ajustant le rythme global, les temps d’éveil et la pression de sommeil.
Si, en revanche, vous sentez que votre fatigue devient trop importante, que le cododo ne vous convient plus ou que vous avez sincèrement envie d’un changement — pas parce qu’on vous y pousse, pas par peur de « mal faire », mais parce que vous en ressentez le besoin — alors il est tout à fait possible d’envisager des transitions respectueuses. La clé, c’est que cette démarche vienne de vous. Ni sous pression extérieure, ni par crainte, ni par comparaison.
Faut-il pour autant installer coûte que coûte un endormissement autonome à cet âge ? Non. Et même mille fois non. L’endormissement autonome n’est pas une compétence qui s’enseigne ou se conditionne. C’est une capacité qui émerge avec la maturation neurologique et la sécurité affective, souvent plus tard qu’on ne le croit. En l’état actuel des connaissances, tenter de faire dormir un bébé seul contre son gré — et souvent contre le vôtre — conduit bien plus souvent à une aggravation des difficultés qu’à une amélioration durable. Le système nerveux du bébé ne perçoit pas encore la séparation nocturne comme une autonomie rassurante, mais comme une rupture. Les fantasmes autour de l’autonomie précoce sont nombreux ; la réalité, elle, montre que la sécurité émotionnelle est un puissant facilitateur du sommeil à long terme.
Si vous souhaitez que le papa prenne progressivement plus de place, cela peut se faire en douceur, en co-construisant un rituel différent, parfois très court au départ. Ce n’est pas magique, cela peut être laborieux, mais c’est possible sans forcer, ni brusquer, ni faire violence aux besoins de votre enfant.
Soyez indulgents avec vous-mêmes. Ce n’est ni vous, ni votre fille, qui « créez un problème ». Accompagner son bébé est normal. Accepter que son besoin de contact perdure est une force pour le lien et pour la construction de sa sécurité intérieure. L’autonomie, la vraie, viendra en temps utile.
Le principal critère à suivre reste votre équilibre à vous : la fatigue que vous pouvez accepter, ou non, votre besoin de récupérer la nuit, vos limites. Personne n’a le droit, ni le pouvoir, de vous imposer un rythme ou un modèle qui ne vous convient pas. Vous faites déjà un travail remarquable d’écoute et d’adaptation aux besoins de votre enfant, et rien que pour cela, chapeau bas.

Vous ne trouvez pas de réponse à votre situation ?

Vous pouvez consulter les réponses déjà apportées par nos médecins à ce sujet en tapant votre question ou mots clés dans le moteur de recherche ci-dessous

 

Toujours pas de réponse ? Posez votre question à l’expert de Dormir comme un bébé qui vous répondra rapidement.

 

Vous serez aussi peut-être intéressé.e par :