Bonjour,
Tout d’abord je tenais à vous remercier sincèrement pour la qualité de votre travail et de votre site qui est une véritable mine d’or.
Je suis maman d’une petite fille qui a aujourd’hui 5 mois et demi, en allaitement maternel exclusif et c’est mon 1er enfant.
J’ai plutôt fonctionné à l’instinct depuis sa naissance mais les multiples remarques et conseils de mon entourage (trop de proximité avec mon bébé, trop de réveils nocturnes, siestes trop courtes, etc) me font douter et j’aimerais avoir des conseils de votre part.
Ma fille et moi dormons dans le même lit. Dès la maternité, je n’ai pas réussi à la poser dans son berceau. Du coup, après le 1er mois nous avons arrêté d’essayer de la poser en nous disant qu’elle avait besoin de contact. Les 2-3 premières semaines de vie, la nuit, elle n’a pu dormir que sur moi et depuis j’arrive à la poser (la nuit uniquement) mais elle a besoin de ma présence à proximité. A ses 4 mois nous avons essayé de la poser dans le cododo mais elle se réveillait systématiquement. Donc on poursuit le cosleeping. Cela ne dérange ni mon mari ni moi même (je crois même que j’ai besoin de cette proximité) et nous le faisons en sécurité, ce qui nous a fait douter et nous a poussé à retenter de la poser dans son cododo c’est la pression de notre entourage et des professionnels de santé.
Pour s’endormir et quand elle pleure, ma fille a besoin d’être bercée de manière plutôt dynamique, les bercements haut-bas la calme bien notamment. Elle est très curieuse et vite distraite (difficulté à téter quand il y a des personnes autour par exemple car elle veut regarder).
Le rythme de sommeil de bébé depuis ses 3 mois environ c’est : 3 siestes de 45 mins environ dans la journée (1 matin + 2 après-midi) et nuit de 20h-20h30 à 8h30-9h environ. Entre son 3eme et 4eme mois, elle se réveillait toutes les 3h en début de nuit puis 2h le reste de la nuit. Elle s’endormait bercée et lors des reveils nocturnes, la tétée allongée dans la lit suffisait à la rendormir. Ce rythme m’allait plutôt bien pour me reposer. Depuis ses 4 mois (régression du sommeil ?), les nuits sont devenues plus compliquées. Nous n’avons pas changé son heure de coucher (même si nous avons tenté de la coucher plus tôt et plus tard pour voir s’il y avait de l’amélioration mais non) mais en 1ere partie de nuit, elle se réveille plusieurs fois au bout de 30 mins ou 45 mins. A partir de 23h environ, elle se réveille toutes les 2h voire toutes les heures. Depuis 1,5 mois, je suis donc très fatiguée. Quand elle se réveille, je vois que ce n’est pas comme avant, elle ne prend pas toujours le sein ou peu, et teter allongée ne suffit plus à la rendormir, elle a besoin d’être contre moi, que je la berce, que je lui tapote les fesses, il semblerait que ce soit plus un besoin d’être rassurée. Elle s’est toujours rendormie relativement vite, maximum 5 mins.
Concernant le matin, je la rendors systématiquement quand elle se réveille vers 7h-7h30, je me demande si je dois la rendormir car elle semble plus réveillée et peut-être que finalement, je lui fais faire une première sieste?
Sinon concernant ses siestes, elle ne les fait que contre moi, souvent en porte bébé (elle s’y endort facilement) et sinon dans les bras après l’avoir bercée. Si je la pose, elle se réveille, je le tente régulièrement (là encore cela ne me derange pas mais ce sont les remarques reçues qui me font me dire que ce n’est peut-être pas normal). Par contre elle ne dort que 30 à 50 mins max et elle se réveille toujours de sa sieste en pleurant, mais même en la berçant, elle ne se rendort pas. Elle semble très sensible au moindre bruit ou stimulation quand elle dort. Elle se réveille souvent avant la fin de son cycle et même dans les conditions optimales, elle dort 50 mins mais n’enchaîne pas sur un autre cycle et se réveille en pleurant.
C’est également un bébé qui n’aime pas la poussette et le siège auto. Si elle est fatiguée les trajets en voiture sont très compliqués car les mouvements de la voiture ou de la poussette ne l’endorment pas. Là encore ce sont les remarques étonnées de mon entourage qui me pousse à vous demander si cela est normal ou pas.
Ma demande est donc multiple : de savoir si je navigue dans la bonne voie avec ma fille, d’être rassurée que je ne fais pas quelque chose de mal (que je ne vais pas l’empêcher d’être autonome sur son sommeil et qu’un jour elle parviendra à dormir ailleurs que dans mes bras), d’avoir des conseils de votre part pour apaiser nos nuits, faciliter nos voyages en voiture et également pour qu’elle puisse enchaîner deux cycles à la sieste.
En vous remerciant par avance.
Si ma demande est trop dense (j’ai beaucoup d’interrogations), je peux la fractionner.
Bonjour,
Merci pour la confiance que vous m’accordez et pour ce récit si honnête : il résume à merveille ce tiraillement contemporain entre ressenti parental, attentes sociétales (et familiales…), besoins physiologiques d’un bébé… et simple envie de dormir ! Je vais tâcher d’aller à l’essentiel, tout en répndant à vos questions et inquiétudes, car elles sont plus que légitimes.
1. Le sommeil partagé, l’allaitement et la proximité : vous êtes sur la bonne voie
Ce que vous décrivez est la norme biologique : un bébé de cet âge—surtout allaité—trouve régulation, sécurité et apaisement dans la proximité, le peau-à-peau, les bercements. Le fait qu’elle ne dorme pas posée seule ou ait des siestes courtes, que l’endormissement se fasse “dans les bras dynamiques”, que vous pratiquiez le cododo, tout cela colle pile à ce que la science moderne observe partout où l’on autorise les bébés à… être des bébés.
Bref : vous n’êtes ni trop proche, ni “en train de créer une dépendance”, ni hors des clous du développement – bien au contraire ! Votre écoute fine de ses besoins, votre capacité à vous ajuster, c’est du haut niveau d’accompagnement.
2. Les réveils nocturnes à partir de 4 mois : classique, mais épuisant (et ce n’est pas “votre faute”)
Le passage compliqué autour de 4 mois est ce qu’on appelle la “réorganisation du sommeil” : les cycles changent, le cerveau devient beaucoup plus conscient de son environnement y compris pendant les brefs réveils de la nuit… et oui, cela s’accompagne très souvent d’éveils plus fréquents, de besoins de contact multipliés, voire d’un besoin de mouvement plus marqué pour s’apaiser.
Cela ne veut ni dire qu’elle a “pris une mauvaise habitude”, ni qu’il faudrait la “désapprendre” à dormir près de vous.
En l’état actuel des connaissances, on sait que cette agitation n’est ni prédictive d’un mauvais dormeur plus tard, ni le résultat d’une trop grande présence parentale : c’est un jalon universel du développement.
Ce qui compte, c’est surtout que, malgré la répétition des besoins nocturnes, l’ambiance reste sécurisante – ce qui est manifestement le cas chez vous.
3. Le besoin d’être portée, de dormir sur vous ou contre vous en journée : ultra fréquent (désolé pour vos bras)
Les micro-siestes de 30-50 min, l’impossibilité d’enchaîner deux cycles hors de vos bras, les réveils au moindre bruit, tout cela signe un « système d’alerte » hautement sensible, absolument normal chez un bébé jusqu’à 6, parfois 9 mois (et même plus chez certains profils).
Le portage, l’usage des bras, créent un cocon sensoriel très riche qui permet à son système de se débrancher brièvement. Lorsqu’on la “pose”, le contraste sensoriel (froid, absence de mouvement, espace plus vaste, manque d’odeur maternelle) est trop important pour la rassurer.
Petite parenthèse : la plupart des humains de la planète vivent (ou vivaient) ainsi, il n’y a qu’en Occident qu’on trouve bizarre de devoir tenir son bébé pour qu’il dorme…
4. Les réveils matinaux : si elle semble vraiment “prête” à se lever, ce n’est plus un éveil nocturne
S’il arrive qu’elle se réveille entre 7h et 7h30, fraîche et éveillée, que vous la rendormiez systématiquement mais qu’elle semble plutôt repartir pour un “deuxième tour” par automatisme, vous pouvez, sans inquiétude, tester de la lever pour voir comment elle évolue dans la matinée. Parfois, la première sieste se cale naturellement un peu plus tôt, et certains bébés gagnent alors en qualité de sieste (et ça, c’est tout bénéf’).
5. Les voyages difficiles (voiture, poussette) : certains profils sensoriels n’accrochent pas
Vous n’avez rien fait “de travers”. Certains bébés sont plus difficiles à endormir dans la voiture ou la poussette, car leur système sensoriel n’y trouve pas assez de repères (trop de mouvements différents, sons inconnus, perte de la chaleur maternelle). D’autres au contraire s’y endorment facilement. C’est inné, variable, et… frustrant, oui. Vous pourriez tenter :
– Prémâcher le trajet : bercer longuement avant de partir, ou caler un t-shirt imprégné de votre odeur autour d’elle (bien sécurisé)
– Bruit blanc dans la voiture
– Pour la poussette : essayer de reproduire un effet cocon dedans (tour de cou, foulard “poids” sur les jambes) : parfois, c’est le côté “trop vide” qui gêne.
Mais, parfois, il faut juste attendre que son système nerveux gagne en maturité. Ce n’est pas un rendez-vous manqué avec la route ou la promenade, simplement un curseur sensoriel encore hautement sélectif.
6. L’autonomie du sommeil et la pression de l’entourage :
Soyons clairs : laisser un bébé dormir en contact, l’allaiter, le bercer, ne l’empêche absolument pas de devenir autonome plus tard, ni d’aimer son lit, ni d’avoir confiance en lui. Plusieurs études longitudinales montrent même une meilleure sécurité intérieure et confiance chez les enfants ayant reçu une réponse constante à leurs besoins précoces.
Les “conseils” qui vous poussent à “décoller” trop tôt, à “forcer l’autonomie” ou à “ne pas céder au besoin de contact” sont plus le produit d’idées reçues que de données scientifiques.
Le jour où vous serez prête à tester une évolution (pour vous, pas pour répondre à la société), vous aurez tout le loisir d’accompagner la transition en douceur – ce sera plus facile pour elle, car la sécurité aura été construite !
Concrètement, quelques toutes petites pistes pour soulager vos nuits/siestes :
– Si la fatigue devient ingérable, continuez les siestes en portage : c’est une excellente “béquille”, aucun souci à en abuser le temps que son système murisse.
– Tentez d’envelopper sa sieste hors bras avec T-shirt imprégné de votre odeur, et mains posées un peu plus longuement au moment de la pose, la déposer d’abord sous surveillance au milieu d’un coussin d’allaitement pour la contenance…
– Si les micro-réveils nuit/sieste augmentent quand elle est “trop fatiguée”, osez coucher plus tôt (parfois, avancer de 15-20 min allège les réveils… même si parfois, il n’y a aucun effet !).
– N’hésitez pas à bercer “dynamiquement”. Chez les bébés très sensibles, les stimulations vestibulaires/rhythmées calment plus vite qu’un bercement lent. Et vous pouvez aussi le proposer hors endormissement! : https://www.instagram.com/reel/DLF23GzJoNQ/
– Si jamais vous souhaitez commencer à introduire de nouveaux signaux d’apaisement (voix, main posée, bruit blanc), faites-le sans attente de “résultat” : c’est la répétition, la patience, qui permettent l’appropriation.
Vous faites déjà ce qu’il y a de plus juste en répondant à votre instinct, et c’est LE facteur protecteur du développement émotionnel et de l’attachement.
La société adore donner à chaque parent l’impression qu’il faudrait aller contre son ressenti ; c’est à peu près toujours l’opposé qui fonctionne durablement pour l’autonomie et le bien-être…
N’hésitez pas à fractionner vos questions à l’avenir, ou à revenir ici dès qu’un doute ou une fatigue devient trop épuisante. Je sais que la répétition du même conseil (écoutez-vous !) peut sembler frustrante quand on rêve juste de deux heures de sommeil de suite, mais c’est exactement ce dont votre fille a besoin aujourd’hui, et tout votre investissement portera ses fruits à long terme.
Prenez soin de vous aussi —on ne le dira jamais assez.