Bébé 27 mois, grande prematurée, réveils nocturnes et besoin de présence. Faut’il laisser pleurer ou être plus ferme?

Bonjour. Merci pour cet espace d échange. Je suis la maman d une petite fille de 27 mois qui a des nuits très agitées depuis ses 1an. Elle est née avec une grande prématurité et a passé ses deux premiers mois de vie à l hôpital dans des unités de réanimation et de néonatalogie. Son univers sensoriel était très bizarre : bruits de sonnerie, masque pour respirer et nous avons fait de nombreuses heures de peau à peau pour l apaiser et l aider à grandir. Nous avons toujours ensuite endormie notre fille sur nous et elle a été en cododo jusqu’à ses 6 mois. A 1 an elle a été assez malade et quand elle se réveillait j allais m endormir auprès d elle. Depuis toutes les nuits ou presque il y a un réveil nocturne avec des pleurs.
Je suis consciente que je ne fait pas assez d efforts pour attendre qu elle se rendorme seule et que je lui donne peut être un mauvais schéma d habitude: « je pleure maman vient donc je fais toujours comme ca ! » mais ma fatigue est forte et surtout je ne supporte pas ses pleurs qui me font vraiment du mal.
Nous avons des désaccords avec mon compagnon qui pense que je dois la laisser pleurer et que je donne de mauvaises habitudes..
J’aimerais bien certains conseils de votre part ! Nous avons des rituels d endormissement mais j ai la sensation qu elle est perdue quand elle se réveille et qu elle ne nous trouve pas à ses côtés.
Merci beaucoup par avance !

Bonjour,

On perçoit immédiatement tout l’amour, l’attention et la conscience que vous portez à votre petite fille, mais aussi le poids immense que ces nuits agitées font peser sur vous. Ce que vous vivez est éprouvant, et vos réactions sont profondément humaines.

Je voudrais d’abord poser quelque chose de très clair, parce que c’est un point central de votre message : non, répondre aux pleurs de votre enfant la nuit n’est pas une erreur éducative, ni la création de “mauvaises habitudes”. Et encore moins dans votre situation.

Votre fille est née grande prématurée.
Ses deux premiers mois se sont déroulés dans un environnement hautement intrusif sur le plan sensoriel : bruits constants, alarmes, soins médicaux, masques, manipulations répétées… Même si ces soins étaient vitaux, ils ont exposé son système nerveux immature à une intensité très inhabituelle.

Chez beaucoup d’enfants nés prématurément, on observe ensuite — parfois longtemps après — une vulnérabilité sensorielle persistante :
une difficulté à filtrer certaines sensations,
une réactivité accrue aux transitions (dont celles entre les cycles de sommeil),
un besoin plus important de repères corporels et relationnels pour se réguler.

La nuit, quand tout est calme et que les mécanismes d’auto-contrôle sont moins disponibles, ces fragilités peuvent ressortir très fortement.
👉 Les pleurs nocturnes ne sont alors ni un appel stratégique, ni un “test” de votre disponibilité, mais un signal de débordement du système nerveux.

Dans ce contexte, le fait qu’elle ait besoin de vous retrouver physiquement pour se rendormir est cohérent, compréhensible… et même attendu.

Vous écrivez quelque chose de très fin : vous avez la sensation qu’elle est perdue quand elle se réveille et qu’elle ne vous trouve pas à ses côtés.

C’est une intuition extrêmement juste.
À 27 mois, et avec son histoire, il est fréquent d’observer des réveils avec désorientation : elle sort d’un cycle de sommeil sans repères suffisants pour se rassurer seule. Elle n’a pas encore la maturité neurologique pour se dire “tout va bien, maman revient”, ni pour mobiliser seule des stratégies d’apaisement.

Dans ces moments-là, votre présence n’empêche pas l’autonomie :
👉 elle permet au cerveau de se recalibrer, de retrouver une base de sécurité, et de pouvoir… se rendormir.

L’idée “je pleure, maman vient, donc je recommence” repose sur une vision très adulte, très cognitive du fonctionnement de l’enfant.
Or, à cet âge — et a fortiori avec ce vécu — le cerveau ne fonctionne pas sur la manipulation ou le calcul, mais sur la recherche de sécurité.

Les données actuelles en neurosciences affectives sont claires :
👉 répondre aux pleurs ne crée pas de dépendance pathologique,
👉 cela consolide au contraire le sentiment de sécurité interne, socle de l’autonomie future.

Votre difficulté à supporter ses pleurs n’est pas un défaut à corriger :
c’est le signe d’un système d’attachement fonctionnel, très sensible aux signaux de détresse de votre enfant.

Une piste clé ici : mieux comprendre son profil sensoriel

Dans votre situation, il peut être particulièrement aidant de mieux comprendre le profil sensoriel de votre fille :
ce qui la surcharge,
ce qui la rassure réellement,
ce qui l’aide (ou non) à traverser les transitions, notamment la nuit.

Il ne s’agit pas d’étiqueter, ni de “faire entrer votre enfant dans une case”, mais d’ajuster l’environnement et l’accompagnement à son fonctionnement à elle.

👉 Si vous le souhaitez, vous pouvez tout à fait me contacter en message privé : je pourrai vous expliquer comment procéder, et vous donner des pistes plus ciblées et adaptées à votre situation.

Et si vous souhaitez un accompagnement extérieur

Ce n’est absolument pas une obligation, ni un aveu d’échec.
Mais quand les nuits sont agitées depuis longtemps, et que l’histoire de vie est aussi marquée, un regard extérieur formé à ces enjeux peut parfois faire une vraie différence.

Si vous cherchez un nom, je peux vous citer Marion, de Grandir et Devenir, dont la formation et l’approche me semblent très ajustées à ce type de situation : lecture sensorielle, développement affectif, respect du rythme de l’enfant et des parents.

L’idée n’est jamais de “faire dormir”, mais de mieux comprendre ce qui déborde, pour ajuster finement.

Et au sujet de votre couple…

Vous n’êtes pas “trop laxiste”.
Votre compagnon n’est pas “insensible”.
Vous êtes deux adultes fatigués, avec des seuils différents, qui essayez chacun de survivre à des nuits difficiles.

Les désaccords autour du sommeil sont presque toujours des désaccords autour de l’épuisement, pas autour de l’amour porté à l’enfant.
S’appuyer sur des repères scientifiques communs peut parfois aider à sortir de l’opposition et à avancer en équipe.

Prenez soin de vous autant que possible.
Et surtout, continuez de vous faire confiance : votre lecture de votre enfant est fine, sensible et profondément juste.

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