Bébé 20 mois, endormissements de nouveau difficile, le rituel est refusé, réveils nocturnes parfois longs et réclame notre présence pour se rendormir

Bonjour,

Je sollicite votre aide concernant le sommeil de ma fille de 20 mois.

Situation actuelle :
Après une longue période de nuits paisibles (20h-8h, endormissement autonome dans sa chambre), elle connaît depuis 3 à 4 semaines une réapparition des réveils nocturnes prolongés, ainsi que des difficultés à l’endormissement et des pleurs au moment du coucher. En cas de réveil, nous intervenons immédiatement pour la rassurer, mais si nous quittons la chambre, elle hurle. Par fatigue et pour éviter que la situation escalade, nous restons dormir avec elle sur un matelas quand plusieurs passages ne permettent pas de la calmer, mais même ainsi, le ré-endormissement peut rester très long.

Historique :
À ses 10 mois, elle avait déjà traversé une période similaire (réveils nocturnes à rallonge), que nous avions pu résoudre grâce aux conseils d’une consultante en sommeil (adaptation de la routine du soir, vrai temps de qualité avec les parents, heure du coucher avancé). Cela avait permis une nette amélioration (réveils nocturnes beaucoup plus courts, elle se rendormait après un câlin et alors que nous n’étions pas dans la chambre, puis qui ont progressivement disparus).

Contexte récent :
Cette nouvelle phase difficile semble avoir coïncidé avec :

Un épisode d’angoisse de séparation marqué, surtout avec moi (la maman), suite à une garde prolongée chez les grands-parents (arrêt maladie de la nounou), des vacances dans un nouveau lieu, et une première nuit chez son grand-père + petite maladie et inconforts liés.
Une explosion du langage / de la compréhension de tout.
Nous avons veillé à la rassurer au maximum, de jour comme de nuit. Nous constatons que l’angoisse de séparation s’apaise en journée, où les séparations se passent désormais bien.

Difficultés persistantes au coucher :

Refus de certains rituels bien établis en connaissance de cause (dire au revoir à la chambre, mettre la gigoteuse – elle sait que cela signifie qu’elle va au lit)
Pleurs systématiques au départ du parent depuis une semaine (nettement moins intenses avec le papa qui la couche désormais seul – je pars après l’histoire du soir)
Quand nous devons y aller à l’endormissement car on sent qu’elle ne se calme pas au bout de 2/3 min, il devient très long (donc impression d’une prise d’otage : on sort elle pleure, on reste elle dort pas et joue).

La nuit, nous avons convenu que ce serait le papa qui irait car c’est moins un déchirement quand il sort de la chambre, mais globalement on est souvent obligés de rester dormir la nuit.

Que se passe-t-il et comment pouvons nous l’accompagner au mieux ? Nous essayons depuis 2 jours d’être plus fermes la nuit si les calins ne fonctionnent pas (dodo maintenant, papa et maman sont là etc), mais dormir sur un matelas dans sa chambre n’est vraiment pas tenable et nous ne voyons pas le bout du tunnel.

Merci d’avance.

Bonjour,

Merci d’avoir pris le temps de décrire aussi précisément la situation de votre fille.
On ressent à travers vos mots tout le soin, la réflexion et la bienveillance que vous mettez dans votre accompagnement… et aussi la grande fatigue que cela peut générer quand le sommeil se dérègle brusquement, après une longue période plus paisible.

Que se passe-t-il, alors qu’elle dormait “si bien” avant ?

Votre description recoupe très fidèlement ce que beaucoup de familles traversent autour de 18–24 mois :

Un pic d’anxiété de séparation, très classique à cet âge, souvent réactivé par une accumulation de bouleversements : changement de lieu, nouvelles figures de garde, séparation prolongée, maladie, inconfort physique…

Une explosion du langage et de la compréhension : son cerveau est en plein remaniement. La nuit, cette agitation interne peut se traduire par des réveils plus fréquents, plus longs, et une difficulté à “lâcher prise”, même si les séparations se passent mieux en journée.

Le début de l’imagination, avec l’apparition de peurs encore très diffuses : à cet âge, l’enfant peut ressentir une inquiétude bien réelle… sans être capable de l’identifier ni de la nommer. La logique n’est pas encore suffisamment mature pour se rassurer avec des explications rationnelles (“il n’y a rien”, “tout va bien”), ce qui rend la présence du parent d’autant plus essentielle pour co-réguler et apaiser.

Le fait que l’anxiété se soit apaisée le jour n’implique malheureusement pas nécessairement qu’elle soit “réglée” la nuit. Le sommeil reste un moment de séparation particulier, où tout ce qui a été contenu dans la journée peut ressurgir.

Une autre piste peut-être à explorer : la pression de sommeil

Dans ce tableau très émotionnel, il ne faut pas exclure un facteur plus physiologique :

👉 Des réveils nocturnes longs peuvent aussi être liés à une pression de sommeil devenue insuffisante.

À 20 mois, certains enfants ont encore besoin d’une sieste conséquente… et d’autres, progressivement, en ont un peu moins besoin qu’avant.
Si la durée de la sieste n’a pas bougé depuis plusieurs mois, il peut être utile de vous poser calmement la question (sans tout révolutionner d’un coup) :

La sieste est-elle toujours aussi longue qu’avant ?

L’endormissement du soir s’est-il récemment compliqué ?

Les réveils nocturnes ressemblent-ils davantage à des “éveils” qu’à de simples micro-réveils ?

Il ne s’agit pas de forcer un changement, mais simplement de vérifier si l’équilibre veille / sommeil est toujours ajusté à son âge actuel.
Parfois, un léger ajustement suffit à réduire les réveils interminables… sans toucher à l’accompagnement émotionnel, qui reste central.

Ce que vous faites déjà est juste (et profondément sécurisant)

Votre instinct — intervenir rapidement, ajuster la présence parentale, laisser le papa prendre davantage le relais quand c’est plus facile pour elle — est parfaitement aligné avec ce que l’on connaît aujourd’hui du développement affectif.

L’idée qu’il faudrait “s’endurcir”, ou la laisser pleurer seule pour préserver son autonomie, ne repose ni sur la science, ni sur le développement réel des enfants.
Au contraire : dans ces périodes d’angoisse, répondre avec constance et empathie consolide la sécurité interne… et favorise une autonomie plus solide ensuite.

À cet âge, la colère ou la détresse au moment de la séparation ne sont pas des caprices :
ce sont des signaux d’alarme face à une séparation vécue comme trop brutale, dans un contexte où elle a encore particulièrement besoin de ses figures d’attachement.

Il n’existe pas de solution magique pour “faire disparaître” ces nuits difficiles (sinon je l’aurais brevetée 😉), mais plusieurs leviers peuvent réellement aider :

Verbaliser, au coucher et lors des réveils :
“La séparation est difficile en ce moment… On s’est beaucoup quittés ces derniers jours. Papa et maman reviennent toujours.”
Ce n’est pas du blabla : la cohérence émotionnelle est un repère puissant, même avant que l’enfant ne verbalise.

Renforcer les temps de connexion en journée, même courts mais intenses : jeu partagé, attention exclusive, présence pleine.

Autoriser une flexibilité temporaire des rituels :
si certains gestes deviennent trop chargés émotionnellement (gigoteuse, au revoir à la chambre), les modifier ou les déplacer dans le temps peut faire baisser la tension.

S’appuyer sur le parent “moins déclencheur”, sans culpabilité : ce n’est ni un rejet, ni un échec, mais une stratégie d’autorégulation parfaitement normale.

Si dormir sur un matelas devient invivable, osez chercher une solution tenable pour vous aussi :
une limite claire + une réassurance active vaut mieux qu’une présence épuisante et subie. Ce qui épuise le plus, ce n’est pas de rassurer, c’est de ne plus voir d’issue.

Une ressource précieuse pour comprendre ce qui se joue (et se sentir moins seuls):
Si vous êtes à l’aise avec l’anglais (il existe parfois des sous-titres), je vous recommande vraiment le travail de Gordon Neufeld, et en particulier sa conférence gratuite :

Il y explique avec beaucoup de clarté :
pourquoi la séparation devient si sensible à cet âge,
pourquoi certains enfants semblent “régresser” dans leur sommeil, et surtout comment aider l’enfant à traverser cette phase sans la forcer, en renforçant le lien plutôt qu’en luttant contre lui.

👉 Lien : https://www.youtube.com/watch?v=Y9ra898uoVM

Beaucoup de parents y trouvent à la fois des clés très concrètes… et un immense soulagement émotionnel.

Ce qu’il vaut mieux éviter:

Laisser pleurer volontairement “pour qu’elle apprenne” : les données actuelles montrent que cela ne résout pas ces phases et peut fragiliser le sentiment de sécurité.

Vous remettre en question à chaque nuit difficile : ici, il n’y a ni erreur parentale, ni mauvaise habitude créée.

Ce que vous traversez est dur, mais transitoire.
Répondre avec empathie aux besoins de sécurité d’un jeune enfant ne crée pas de dépendance durable : cela construit les bases d’une autonomie plus sereine, plus tard.

Courage à vous deux dans ce tunnel — il a une sortie, même si elle semble loin quand on est en plein dedans.

Vous ne trouvez pas de réponse à votre situation ?

Vous pouvez consulter les réponses déjà apportées par nos médecins à ce sujet en tapant votre question ou mots clés dans le moteur de recherche ci-dessous

 

Toujours pas de réponse ? Posez votre question à l’expert de Dormir comme un bébé qui vous répondra rapidement.

 

Vous serez aussi peut-être intéressé.e par :