Ma fille de bientôt 8 mois ne dort que sur moi la journée depuis sa naissance. J’ai essayé tout plein de méthodes différentes pour la poser sans la laisser pleurer, aucune n’a jamais marché, malgré ma persévérance. À l’instant même où je me penche pour la déposer dans son lit, qu’elle soit endormie ou réveillée, elle se met à pleurer très fort (de manière générale elle a un tempérament intense, elle réagit très fort et très vite à la moindre stimulation/émotion qu’elle soit positive ou négative). D’autres personnes ont également essayé : membres de la famille, puéricultrices, sages-femmes… mais c’est toujours un échec. Même si je m’allonge à côté d’elle dans son lit, que je me colle à elle, que je lui propose le sein, ça ne marche pas ! Elle s’agite, pleure intensément. Elle s’endort uniquement serrée dans mes bras en banane, son ventre contre mon ventre, sa tétine en bouche, sa main qui malaxe très fort mon nez / mon bras, et je dois être debout en mouvement. Une fois profondément endormie je peux arrêter un peu le mouvement de bercement (ce qui n’était pas le cas quand elle était plus petite…) mais je ne peux absolument pas la poser, elle le sent tout de suite. Et la sieste dure maximum 35mn. Comment expliquer cette situation ?
Comme elle a un RGO, on a déjà testé de la mettre sous Inexium/Gaviscon pour éliminer la piste d’une œsophagite douloureuse qui rendrait certaines positions inconfortables. Ces traitements n’ont absolument rien changé.
La nuit j’arrive à la poser dans son lit dans sa chambre. Mais elle se réveille toutes les 1h en début de nuit, puis toutes les 2h en deuxième partie de nuit, ce qui fait un total de 6 à 8 réveils (on est déjà allé jusqu’à 10). Pour survivre je dors sur un matelas que j’ai collé à son lit. À chaque réveil il faut intervenir car ce sont des pleurs tout de suite très forts, parfois même inconsolables. Je commence par lui proposer sa tétine, si ça ne fonctionne pas je la mets au sein (je dirais qu’elle boit 2x par nuit), et si le sein ne fonctionne pas, je la berce debout au bras. Souvent une chose marche, mais quand je la redépose dans son lit elle se reréveille et il faut recommencer. Donc les temps d’éveils nocturnes vont de 5mn à 45mn.
Je suis complètement épuisée, mon corps ne suit plus, c’est une véritable torture qui ne prend jamais fin.
Bonjour,
On sent immédiatement, à la lecture de votre message, l’ampleur de la fatigue, mais aussi la solitude face à un mode d’endormissement aussi exclusif et intense. Il y a surtout cette frustration immense : vous avez essayé, encore et encore, avec persévérance, douceur, constance, et malgré tout… rien ne fonctionne pour poser votre fille sans déclencher une détresse massive de sa part. C’est profondément éprouvant.
Ce que vous décrivez dessine un tableau très clair. Votre fille semble avoir un besoin absolument vital de contact et de mouvement pour s’endormir et se rendormir, de façon très intransigeante. Ni vous, ni d’autres adultes, ni des professionnelles pourtant habituées aux bébés, ne parviennent à transférer la sieste hors de vos bras. Il y a chez elle une sorte de “radar” à la séparation : la moindre tentative, même extrêmement progressive, même avec votre présence, votre odeur, le sein, se solde par des pleurs très intenses. La nuit, le sommeil est extrêmement fragmenté, avec des réveils rapprochés et des retours au sommeil compliqués, souvent longs, et toujours coûteux pour vous. Oui, c’est épuisant. Et non, cela ne signifie absolument pas que vous n’avez pas fait ce qu’il fallait.
Sur le plan explicatif, plusieurs éléments se superposent. D’abord, un système nerveux encore immature et très réactif, qui peine à passer du déclencheur sensoriel principal — votre présence, le mouvement, le contact ventre contre ventre — à une forme de continuité du sommeil sans ces repères. Chez certains bébés, cette transition est particulièrement difficile, et il est important de dire que, même avec les approches les plus douces et progressives, cela ne se “force” pas. Les bébés au tempérament intense ressentent tout plus fort : les émotions, les sensations, les ruptures. Ils ont beaucoup plus de mal à se détacher sensoriellement de leur figure d’attachement, et leur système d’alerte s’active très vite dès qu’une séparation, même minime, est perçue. À cela s’ajoute le fait que le sommeil du nourrisson est physiologiquement léger et fragmenté ; il n’est pas construit pour être long et profond à cet âge. Chez votre fille, ce fonctionnement est simplement poussé à l’extrême.
Cela dit, je ne me contenterai pas de ces explications générales, car la situation que vous vivez n’est pas tenable sur la durée. Même si la piste du RGO a déjà été explorée, il est important de rappeler que les traitements comme le Gaviscon ou l’Inexium ne sont pas toujours suffisants, ni toujours adaptés, et qu’un reflux peut rester source d’inconfort même en l’absence d’œsophagite franche. Le RGO peut être complexe, multifactoriel, et nécessite parfois un regard plus spécialisé qu’une simple prescription médicale. Je ne suis pas experte sur ce point, mais je pense sincèrement que, dans des situations aussi intenses, il est pertinent de consulter des professionnels réellement formés au RGO du nourrisson.
Le tempérament intense de votre fille explique en grande partie ce besoin exclusif de contact et cette hyperréactivité à la séparation. Mais ce que vous décrivez évoque aussi une hypersensibilité vestibulaire très marquée : le besoin constant de mouvement pour s’apaiser, associé à une recherche de stimulations proprioceptives fortes pour s’inhiber. Le fait qu’elle se calme en étant serrée contre vous, avec une pression importante, qu’elle malaxe, qu’elle ait besoin de contenance, va clairement dans ce sens. Elle fait exactement ce que son système nerveux sait faire pour tenter de se réguler, mais à cet âge, elle a encore besoin que cela passe par le corps de sa figure d’attachement. Dans ce contexte, un avis auprès d’une ergothérapeute formée à l’intégration sensorielle pourrait vraiment être pertinent, non pas pour “corriger” votre bébé, mais pour mieux comprendre son fonctionnement sensoriel et voir comment l’aider autrement que par votre seul corps, autant que possible. (Ici la carte des ergothérapeutes formes en integration sensorielle : https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=138BUhABC7YRvzRjFPJ0wQGBZk4I&fbclid=IwAR21586xnxQQgu3CzyKDwRY059f5M4Wz39k3_ylr9VMjf5LwTaoLy1jC0uk&ll=48.14963118173972%2C-3.0338796159388126&z=8)
Je suis consciente que cette réponse n’apporte pas de solution miracle, et j’en suis désolée. Dans les situations aussi extrêmes, la neuroscience théorique et les conseils généraux atteignent leurs limites. Le sommeil, ici, n’est probablement pas le problème central, mais le symptôme d’un fonctionnement neuro-sensoriel très particulier qui mérite un accompagnement personnalisé, avec des professionnels spécialisés.
Enfin, je veux m’arrêter sur vous. Votre épuisement est légitime, réel, et préoccupant. Il n’a rien à voir avec un manque de patience ou de compétence. Aucun bébé, aussi aimant et attachant soit-il, ne devrait conduire sa mère à s’annihiler physiquement et mentalement. Si vous sentez que vous arrivez au bout, demander du relais, même partiel, même imparfait, n’est pas un luxe ni un aveu de faiblesse : c’est une nécessité. N’hésitez pas à verbaliser votre détresse auprès de professionnels à l’écoute — PMI, sage-femme, psychologue — car l’épuisement maternel est un enjeu de santé à part entière.
Il y aura un “après”. La littérature scientifique est très claire sur ce point : les bébés avec ce type de profil trouvent progressivement plus d’autonomie, jamais seuls, toujours accompagnés. Mais là, maintenant, la vraie question est surtout : comment tenir, comment ne pas sombrer, comment vous préserver. Gardez votre immense bienveillance envers votre fille, mais accordez-la-vous aussi. Votre santé compte autant que la sienne.
Vous n’êtes ni seule, ni fautive, ni défaillante. Vous êtes simplement épuisée, parce que votre bébé est objectivement très exigeante. Et vous faites déjà énormément.
Avec tout mon soutien.