Ce n’est malheureusement pas la première fois que je fais appel à votre aide, mais là je pense avoir touché le fond et j’ai besoin d’aide.
Ma fille de maintenant 7 mois (allaitée, en cours de diversification, dort en cododo) dort très mal depuis 3 mois environ. Tout allait bien jusque là, elle s’endormait assez sereinement, se réveillait maximum 4 fois par nuit pour manger et se rendormait. Mais un soir tout a basculé. Réveil toutes les heures, pleurs intenses, impossible de la poser pour dormir elle devait rester collée à moi. Et depuis, aucune amélioration. Enfin, si il y en a eu (bloc de 3h qui réapparaît en début de nuit,puis réveil toutes les 2h, et réveil final correct vers 8h), mais depuis 3 semaines elle se réveille toutes les heures pour téter et a un réveil très matinal accompagné de gaz, ensuite c’est difficile de la rendormir. On est passés par une phase de poussée dentaire aussi qui s’est calmée depuis,les dents ne sont pas encore sorties. Côté siestes elle n’en fait plus que 3, presque toujours en contact. Elles se sont allongées depuis peu, elle arrive a mieux enchaîner ses cycles en journée. A côté de ça, elle est très active, curieuse de tout, souriante, mais reste quand même fatiguée en permanence, avec des cernes etc…
Au début j’ai pensé à la fameuse régression du sommeil mais là 3 mois de galère et plus aucune amélioration en vue, je me demande s’il n’y a pas un problème derrière tout ça. Évidemment lorsque je cherche, je tombe sur des discours culpabilisants sur le fait que je m’endors au sein donc je lui donne une mauvaise habitude qu’elle cherche a chaque réveil ensuite… Je commence a croire tout ça, me dire que c’est de ma faute si on est dans cette situation mais je ne sais pas quoi faire pour améliorer tout ça. Grâce à votre test sur le tempérament, j’ai découvert qu’elle était active et pouvait ne pas assez manger la journée et donc avoir faim la nuit, mais même en lui donnant plus le sein rien n’a changé.
Je suis complètement perdue, et épuisée au delà de ce que je peux tenir.
S’il vous plaît, aidez moi
Bonjour,
Avant toute chose, je veux m’arrêter sur votre état à vous. Ce que vous décrivez n’est pas une simple fatigue, ni une « mauvaise passe ». Quand les nuits hachées s’installent pendant des semaines, voire des mois, l’épuisement devient profond et il altère tout : la façon de vivre les nuits, les journées, la relation à son bébé, la confiance en soi, la capacité à réfléchir calmement. Être à bout dans ces conditions n’est pas un manque de force ni un échec. C’est une réaction normale à une charge trop lourde et trop longue. Si un relais est possible, même très ponctuel, même quelques heures pour dormir en journée, accrochez-vous à ce droit au répit. Aucun conseil sur le sommeil ne compense un manque de sommeil sévère. Votre santé compte autant que celle de votre fille.
Les périodes de sommeil très chaotique que vous décrivez ne sont malheureusement pas si rares que ça chez les bébés, même après des débuts relativement sereins. Autour de cet âge, plusieurs phénomènes peuvent se superposer : une immaturité neurologique encore bien présente, des acquisitions motrices et cognitives intenses, les débuts de la diversification avec parfois des inconforts digestifs discrets, le travail dentaire, même sans dents visibles, ou encore une hypersensibilité sensorielle. Tout cela peut entraîner des réveils très fréquents, parfois pendant de longs mois, sans que cela ne traduise un problème éducatif ni une erreur parentale.
Il est vraiment important de le dire clairement : s’endormir au sein n’a pas « créé » la situation actuelle. Le besoin de téter la nuit, même chez un bébé qui tète régulièrement en journée, n’est pas un indicateur fiable de faim non couverte. La tétée est avant tout un puissant outil de régulation physiologique. Elle aide à gérer la douleur, l’inconfort, le stress, l’anxiété, la surcharge sensorielle. Dans ce contexte, demander à un bébé de ne plus téter pour se rendormir revient à lui demander de se passer de son principal régulateur interne. Les discours culpabilisants sur les « mauvaises habitudes » ne reposent pas sur la physiologie du nourrisson, mais sur des modèles éducatifs qui ignorent largement le fonctionnement du système nerveux immature.
Votre intuition mérite d’être écoutée quand vous vous demandez s’il n’y a pas « autre chose ». Certains éléments que vous décrivez, notamment les réveils matinaux accompagnés de gaz, l’agitation nocturne et la fatigue visible, peuvent orienter vers une piste d’inconfort corporel. Cela peut concerner le digestif, un reflux discret, des tensions corporelles ou une hypersensibilité sensorielle. Si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir cet ebook gratuit qui aide à repérer certains signaux d’alerte et à structurer vos observations avant d’en parler à un·e professionnel·le à l’écoute : https://dormircommeunbebe.eu/ebook_signaux_alerte/. Cela ne remplace évidemment pas un bilan médical, mais cela peut vous aider à faire entendre votre ressenti sans qu’il soit minimisé.
Vous mentionnez également des cernes très présents. Ceux-ci peuvent tout à fait être liés au manque de sommeil accumulé, ce qui plaide clairement pour continuer les siestes en contact tant que le sommeil nocturne reste fragile. Elles peuvent aussi, plus rarement, être associées à certaines carences. Il est utile de vérifier que la vitamine D est bien donnée régulièrement, car un déficit est associé à un sommeil plus fragmenté, et de rester attentive à d’éventuels autres signes pouvant évoquer une carence en fer. En cas de doute, cela mérite d’être abordé avec votre pédiatre.
La piste dentaire reste aussi très crédible. Chez certains bébés, les poussées dentaires rendent les nuits infernales pendant des semaines, voire des mois, même avant que les dents ne percent réellement. Vous dites que cela s’est un peu calmé, mais que les dents ne sont toujours pas sorties. Une question importante se pose alors : lors des phases les plus difficiles, avez-vous déjà donné un antalgique, et avez-vous observé une amélioration, même temporaire, des nuits ou une diminution des réveils ? Si oui, cela renforcerait clairement l’hypothèse d’un inconfort physique. Je ne suis bien sûr pas habilitée à donner des conseils médicaux sur les traitements, mais ce serait un point essentiel à discuter avec votre pédiatre.
En attendant, il est vraiment important de ne pas vous infliger une pression supplémentaire. Si les siestes en contact permettent à votre fille de récupérer un peu, elles sont parfaitement adaptées à la situation actuelle. Offrir en journée des temps plus calmes et sensoriellement neutres, comme des balades tranquilles, un bain chaud ou un massage doux, peut parfois aider le système nerveux à redescendre, sans chercher à tout modifier d’un coup. Et surtout, ne changez pas vos pratiques d’endormissement si elles vous semblent être le moindre mal pour le moment. Vous ne nuisez pas au sommeil de votre fille en la consolant, en l’allaitant ou en dormant avec elle. Vous l’aidez à traverser une période très exigeante sur le plan neurologique et physique.
Restez vigilante si votre bébé ne parvient jamais à récupérer, si l’inconfort semble présent aussi en dehors des temps de sommeil, ou si sa courbe de croissance évolue de façon inhabituelle. Mais si elle reste curieuse, souriante et active malgré cette fatigue, il est très probable que son système nerveux soit simplement en pleine turbulence développementale. Cela s’apaise avec le temps, rarement grâce à un conseil miracle, mais grâce à de la sécurité, de la constance et du soutien.
Vous n’êtes en rien responsable de ce que vous traversez. Vous tenez un cap extrêmement exigeant, avec beaucoup de sensibilité et d’attention aux besoins de votre fille, en pleine tempête.
Je vous envoie tout mon soutien.